Recensions du livre "Géopolitique du numérique - L'impérialisme à pas de géants"

Après la sortie de l'ouvrage "Géopolitique du numérique - L'impérialisme à pas de géants", voici quelques extraits choisis de recensions.

Par Hubert Guillaud, De l'impérialisme numérique

"Coelho insiste sur cette politique qui a été à l’œuvre consistant à “capturer les usages professionnels et les connaissances techniques”. Peu à peu, ces acteurs ont favorisé les savoirs relatifs à leurs plateformes et appauvrit les savoirs relatifs à la gestion des machines. Désormais les développeurs sont spécialisés dans les langages de Microsoft ou d’Amazon plus que dans les langages natifs, selon un phénomène de prolétarisation assez classique, visant à priver les sujets de leurs savoirs. De plus en plus, les utilisateurs sont formés aux produits, pas à comprendre. Nous devenons des consommateurs d’interfaces, renforçant la puissance du technopouvoir."

"La technologie est devenue un instrument de pouvoir qui “échappe à la fois à l’utilisateur et à la compréhension des instances de contrôles”. D’où le fait que le législateur ait tendance à sur-contrôler les usages des individus plus que la conception des équipements, d’autant plus difficile à contrôler que ceux-ci sont en perpétuelle évolution."

"Le sous-titre du livre est “l’Impérialisme à pas de géants”, et il me semble, très justement, que nous sommes confrontés à une puissance impériale inédite, qui, à partir d’un certain niveau, est capable de se développer sans n’avoir plus de compte à rendre. Une géopolitique capable de s’affranchir de toute considération géographique comme politique, pour s’imposer par sa seule puissance à produire le monde moderne."

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Par Socialter (Christelle Gilabert), La conquête du territoire par les géants du numérique

"Désormais leur empire ne se traduit plus seulement par la mainmise des produits et services qui structurent l’espace en ligne. Il se prolonge dans une conquête infrastructurelle où les opportunités géographiques dictent leurs stratégies d’aménagement physique avec lesquelles les pouvoirs publics doivent composer. Data centers, câbles sous-marins ou satellites représentent de nouvelles prises de pouvoir dont la pression environnementale fait craindre de nouvelles tensions dans un monde qui se réchauffe. Face à des États dans l’impasse qui peinent à entrevoir les alternatives, Ophélie Coelho pose les premières briques d’une politique de résistance destinée à contrer cette double expansion monopolistique où la seule liberté se confine à « choisir ses maîtres ». Même les moins initiés pourront s’emparer de cet ouvrage, net et pédagogique."

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Par Futuribles (Juliette Guilbaud)

"Ainsi, elles cherchent à assurer une présence territoriale globale, à préserver leur stature monopolistique et à entretenir des relations d’influence avec les États qui bénéficient de leurs produits et services. D’une Big Science gérée par l’État — à l’image du projet Manhattan dont la finalité bien connue est l’invention de la bombe atomique —, on assiste à l’avènement d’une Big Tech, soutenue par la recherche privée, dont la Silicon Valley est la vitrine." "Choisir ses technologies, c’est aussi choisir un monde, non pas immatériel et désincarné comme on a parfois tendance à le croire, mais physique, avec des conséquences environnementales et sociales durables et bien réelles."

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Par Mais où va le web ? (Irénée Regnauld), Résister à l'impérialisme des Big tech

"En fin de compte, le résultat est le développement de relations internationales fondées sur la dépendance à la technologie. Ainsi, la dépendance de l’Europe à des technologies numériques américaines confère aux détenteurs de câbles transatlantiques une place de choix dans l’échiquier des négociations. Pour le continent africain, la situation est encore plus critique avec l’expansion des câbles sous-marins Equiano et 2Africa, et la multiplication des projets de transformation numérique sur le continent qui entraînent aujourd’hui une mise en dépendance. L’expression de la transformation numérique africaine s’apparente d’une certaine manière à une forme de néocolonialisme technologique, auquel participent volontiers les entreprises européennes de télécommunication qui ont sur ce territoire une position privilégiée héritée de l’histoire coloniale. Dans mon livre, j’insiste d’ailleurs sur le rôle de la transformation numérique comme dispositif local d’un mouvement global, dont l’un des axes est la formation de consommateurs d’interface et l’utilisation d’une multitude de passeurs de technologie."

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Par La Voix au Chapitre

"L’affaiblissement progressif des forces étatiques renforce l’isolement de l’utilisateur final qui se retrouve souvent seul face aux tentatives d’accaparement de ses données personnelles. C’est dans ce contexte que l’on mesure le recul de l’Etat face aux puissantes multinationales.

Contrairement aux États, les pouvoirs des multinationales du numérique s’étendent au travers des frontières et peuvent intervenir directement auprès des populations ce qui leur confère un pouvoir d’influence majeur et un avantage concurrentiel pour asseoir leur mainmise. « […] Il ne s’agit pas ici d’initier les citoyens aux connaissances techniques et à l’analyse critique des risques, mais bien plutôt de former des consommateurs à leurs produits », explique Ophélie Coelho, à propos des formations dispensées par les GAFAM. « La formation devient ainsi une formidable stratégie de mise en dépendance des usages numériques. »

Une dépendance aux usages qui permet d’enfermer les utilisateurs au profit d’une structure de plus en plus omnipotente. « Les Big Tech américaines et, plus tard, les Chinois Tencent et Alibaba créent des écosystèmes distincts dans lesquels ils organisent une « capture » des utilisateurs : une fois inscrits, ces derniers enregistrent leurs données dans la plateforme et, par conséquent, y retournent systématiquement. » C’est pourquoi le contrôle et la maîtrise des infrastructures est essentiel pour la pérennité des structures privées et continue à attirer autant les investissements."

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